argent dette

Il était une fois… L’argent-dette

Décorrelée de l’étalon-or, la monnaie n’est plus qu’une unité de compte. Mais comment est-elle créée et par qui?

En perdant son dernier lien avec l’or, la monnaie matérielle quitte ce monde au profit de la monnaie virtuelle. Aujourd’hui, la monnaie n’est plus une marchandise, mais une unité de compte, que l’on pourrait comparer à une unité de mesure comme le centimètre. Se demander si on a assez d’argent revient à se demander si on a assez de centimètres. De centimètres de quoi? De rien de particulier. C’est juste une mesure.

N’ayant plus d’existence propre, la monnaie est créée selon les besoins. La monnaie est potentiellement infinie et a pour seules règles celles que se fixent les humains eux-mêmes. On voit bien que la notion de sa rareté (attachée à celle du métal précieux) disparaît tout à fait.

Aujourd’hui cohabitent:

  • La «vraie» monnaie, que l’on appelle aussi monnaie centrale ou monnaie de base: elle est émise par les banques centrales des pays en billets et en pièces. Sa quantité est toujours inférieure aux besoins (8 à 15 fois moins), car elle est toujours soumise au principe de réserve fractionnaire.
  • La monnaie de substitution qui vient combler le manque de monnaie centrale. C’est une monnaie scripturale bancaire, sans valeur légale que l’on nomme aussi monnaie d’usage. Elle est issue de l’endettement auprès des banques qui perpétue les pratiques initiées par les orfèvres.

John Kenneth Galbraith disait de cette création de monnaie que «C’est une tellement simple que l’esprit en est dégoûté».

En pratique

Imaginons que vous alliez voir votre banquier pour emprunter 20’000 CHF pour vous acheter une voiture. Après avoir examiné votre mode de vie sous toutes les coutures pour évaluer votre capacité à rembourser cet emprunt et les intérêts afférents, il décide de vous accorder votre prêt.

Va-t-il chercher cet argent dans son coffre?

Non.

Va-t-il le prendre sur les comptes créditeurs des autres clients?

Pas plus.

Une simple écriture comptable suffit.

Votre banquier inscrit à son actif votre prêt de 20’000 CHF (puisque vous allez le lui rembourser) et inscrit à son passif un dépôt à vue du même montant (puisqu’il vous le crédite le jour même pour payer votre achat). C’est un échange de dettes dans le temps : une payable immédiatement et une remboursable plus tard.

Si par hasard, votre concessionnaire automobile est affilié à la même banque que vous, aucun problème ! Votre banque va débiter en interne votre compte courant et créditer celui de votre vendeur sans passer par la monnaie centrale. Ce ne sont pas des francs qui passent d’un compte à l’autre, mais une promesse de francs. C’est le même principe que le certificat de dépôt utilisé par les orfèvres qui pouvait être converti en or à tout moment à ceci près qu’il ne s’agira plus de le convertir en or, mais en monnaie de base.

Imaginons maintenant que votre concessionnaire soit affilié à une autre banque que la vôtre. La situation se complique, car sa banque ne voudra pas d’une simple promesse, elle voudra de la monnaie centrale. C’est pour cette raison que, tous les jours, les banques comparent ce qu’elles se doivent réciproquement et seuls les soldes débiteurs sont réglés en monnaie centrale. Si une banque n’a plus assez de monnaie centrale, alors elle va en emprunter à la banque centrale ou à d’autres banques.

La confusion

La confusion est lexicale : le même mot, «monnaie» désigne aussi bien la chose et la promesse de fournir la chose. Mis à par les pièces et les billets (qui ne représentent que 10 % de la masse monétaire et qui tendent à diminuer) qui sont de la monnaie centrale, tout le reste ne sont que des «dettes de banques transmissibles» acceptées sur la base de la confiance dans le fait que la banque sera capable de nous donner l’équivalent en monnaie centrale lorsque nous le lui demanderons.

Si cette réalité était transparente et connue de tous, nos rapports à la monnaie et aux banques seraient certainement très différents, mais d’une certaine manière, nous continuons à baigner dans la croyance que les banques sont des gardiens de biens précieux qui prêtent aux uns le surplus des autres. La confiance et la soumission qui en découlent sont erronées.

Dernier point important à comprendre. Aujourd’hui, toute la monnaie est le produit d’une dette. Pas de dette, pas d’argent. C’est un flux constant, car si chaque jour de nouveaux crédits sont accordés, chaque jour de nouveaux remboursements ont lieu et viennent diminuer la masse de monnaie de substitution.

Mais alors… Quid des intérêts?

Vous conviendrez avec moi que s’il y a création de monnaie ex nihilo, on ne prive personne de l’usage de quoi que ce soit. Dès lors, qu’est-ce qui justifie la pratique des intérêts? Des frais administratifs pour la constitution du dossier soit, mais des intérêts qui courent sur toute la période du prêt n’ont aucun sens et sont pourtant lourds de conséquences. C’est le thème du prochain billet. Il était une fois… L’intérêt.

 

A voir aussi:

Il était une fois… L’argent

Il était une fois… Le prêt bancaire et la dématérialisation de la monnaie

Il était une fois… L’intérêt

Blooming companies vous accompagne pour gérer vos finances personnelles et vos projets entrepreneuriaux de manière durable en appliquant les principes de la permaculture. La permaculture est une méthodologie éthique de conception de systèmes inspirés de la nature.
> Inscrivez-vous pour recevoir nos prochains articles.

Aucun commentaire
Poster un commentaire

 |